Nous entendons le mot histamine et la première chose qui nous vient à l’esprit est celle des antihistaminiques et des allergies. Et nous ne sommes pas en reste, même si son rôle va bien plus loin. C’est une molécule que le corps produit naturellement. Il nous parvient également via certains aliments, et est stocké dans les cellules de notre système immunitaire (mastocytes et basophiles). Pour garder ses niveaux sous contrôle, le corps décompose l’histamine à l’aide d’enzymes (DAO et HNMT). Lorsqu’ils ne fonctionnent pas bien, en particulier le DAO, l’histamine s’accumule. C’est ce qu’on appelle histamine ou intolérance à l’histamine et s’accompagne de divers symptômes : migraines, démangeaisons, congestion, inflammation, bouffées de chaleur, anxiété, insomnie, tachycardie, hypotension ou problèmes digestifs, entre autres. Ce qui pourrait être exacerbé en périménopause.
Et l’intolérance à l’histamine pourrait se lier d’étranges amis aux symptômes de la périménopause. C’est la conclusion d’une partie de la communauté scientifique à laquelle aboutit l’observation que ce problème touche davantage les femmes que les hommes (des études parlent de 80% contre 20%). Et cela suggère que les hormones pourraient avoir quelque chose à voir avec cela.
Urticaire, éternuements… que m’arrive-t-il ?
L’accumulation d’histamine dans le corps n’est pas exclusive à la périménopause, mais il existe de nombreux facteurs hormonaux qui pourraient (nous disons possibles parce que ce lien est encore à l’étude) rendre les femmes plus vulnérables à ce stade de la vie. Le problème se pose au moment du diagnostic.
Les symptômes étant dispersés et pouvant toucher plusieurs systèmes (digestif, neurologique, cutané…) L’identifier n’est pas toujours facile. Les analyses de sang semblent normales, mais le corps ne dit pas la même chose. Visites chez l’allergologue ou le dermatologue pour l’urticaire sans trouver la cause, le neurologue ne parvient pas à localiser les raisons de la migraine et, bien sûr, consultations avec le gastro-entérologue pour la question du gonflement omniprésent. Bien qu’une partie de la communauté médicale assure qu’il n’existe aucune preuve scientifique certifiant le lien entre les œstrogènes et l’histamine, de nombreux indices suggèrent qu’ils sont interdépendants.
De plus, nous constatons que lorsque ce lien est bien compris, de nombreux symptômes inexpliqués commencent à prendre un sens.
Périménopause : la tempête parfaite
Toutes les femmes en périménopause ne souffrent pas d’intolérance à l’histamine, mais les fluctuations hormonales peuvent rendre le corps plus réactif. Dans son podcast The Dr Brightten Show, la Dre Jolene Brigthen, spécialiste des troubles hormonaux et auteur de best-sellers comme Après la pilule ou Est-ce normal ? Il assure que « la périménopause est une tempête parfaite pour les problèmes d’histamine ». Cette étape crée un scénario particulièrement favorable aux problèmes liés à l’histamine, car la progestérone diminue généralement en premier, tandis que les œstrogènes continuent de fluctuer de manière extravagante et imprévisible. « Cette combinaison favorise la libération d’histamine et réduit le seuil de tolérance de l’organisme, provoquant le déclenchement de symptômes par des substances ou des situations auparavant bien tolérées – comme le vin, les fromages affinés, les aliments fermentés ou même le stress. »
Brighten décrit en outre une « boucle de rétroaction entre les œstrogènes et l’histamine : L’augmentation des œstrogènes stimule les mastocytes (les cellules qui les libèrent) à libérer davantage d’histamine. Cette histamine, à son tour, entraîne une production accrue d’œstrogènes qui, à leur tour, amènent les mastocytes à libérer de l’histamine, et l’augmentation de l’histamine stimule les ovaires à produire davantage d’œstrogènes.
Tout ce jeu hormonal peut amener certaines femmes à développer ou à aggraver leurs symptômes d’intolérance à l’histamine pendant la périménopause, même si elles n’avaient pas de problèmes auparavant. On parle de migraines, de bouffées de chaleur plus intenses, de palpitations, d’anxiété, d’insomnie, de congestion nasale, d’urticaire et de rougeurs, de gonflements, etc…
Un facteur clé : le rapport avec la digestion
Dans une récente vidéo postée sur ses réseaux sociaux, le psychoneuroimmunologue Xevi Verdaguer utilise une métaphore pour expliquer comment le corps se remplit d’histamine. «Le corps est comme un cube. Cette substance s’accumule à partir de 3 sources : celle fabriquée par l’organisme lui-même (le matin elle est généralement plus élevée que le soir, sauf en cas de stress chronique), celle qui provient de l’alimentation (notamment les poissons gras, les aliments fermentés, les agrumes, le vinaigre, les tomates, les boissons alcoolisées) et celle qui est libérée par les cellules immunitaires (soit parce qu’il y a une infection dans le corps, avec la présence de bactéries et de virus, ou de déséquilibres intestinaux comme le SIBO).
Cette dernière source d’accumulation d’histamine est importante puisque Lorsque l’intestin est endommagé, l’enzyme responsable de la dégradation de l’histamine présente dans les aliments (DAO, Diamine Oxidase) ne peut pas remplir cette fonction. D’autre part, la méthylation du foie (clé pour détoxifier l’organisme et donc une autre façon d’éliminer l’histamine) dépend du fait que nous soyons bien nourris, que nous ne manquions pas de micronutriments essentiels comme la vitamine B12, l’acide folique ou le magnésium.
Il est temps de changer de panier
Le premier outil pour atténuer les symptômes d’un excès d’histamine est de moduler l’alimentation, en réduisant les aliments riches en cette enzyme. Verdaguer donne d’autres conseils :
- Réduisez ou évitez la consommation d’aliments fermentés, comme le yaourt, la choucroute ou le kombucha, de fromages très affinés, comme le bleu ou le parmesan, et de viandes salées ou fumées.
- Prenez soin des infections et des déséquilibres intestinaux.
- Améliorez vos habitudes de vie, essayez de réduire votre niveau de stress et bénéficiez régulièrement d’une nuit de repos de 8 heures.
- Fournir au corps les nutriments nécessaires.
Un système complexe encore incompris
Pour certains scientifiques, La relation entre les œstrogènes et l’histamine reste encore une hypothèse marginale et nécessite davantage de recherches. Cependant, de nombreuses femmes réclament une solution aux symptômes provoqués par l’intolérance à l’histamine et la périménopause.
L’essentiel dans tout ce casse-tête est de comprendre que la transition hormonale peut agir comme un déclencheur d’une sensibilité à l’histamine déjà sous-jacente. Et, à son tour, une mauvaise gestion de l’histamine peut intensifier les symptômes typiques de la périménopause. De plus, l’activité de la DAO dépend de plusieurs facteurs : la génétique, l’état intestinal, la nutrition, les médicaments et l’état hormonal, une combinaison qui transforme chaque cas en un scénario individuel nécessitant une approche sur mesure.